Entre Ancud (ile de Chiloe) et Puerto-Montt (continent par 41.45S / 73.07W)
En ce debut de mois de fevrier 2007.
C'est finalement quelques jours que nous serons restes sous le charme d'Ancud, cette premiere petite ville patagone de pecheurs, au nord de l'ile Chiloe. Nous ne sommes encore qu'a l'extreme nord de la Patagonie!
Les premieres impressions, sensations, couleurs des ambiances locales, sont toujours excitantes. C'est avec des pas chancelants, maladroits, hesitants, que nous mettons pieds a terre...Le changement est tellement brutal! Oui, brutal, car notre longue navigation depuis la Polynesie n'aura pas suffit a une adaptation en douceur. Adaptation a un climat fondamentalement different de celui des "mers du Sud" qui ne rime, par la litterature et par la peinture qu'avec le soleil des Tropiques, adaptation a des moeurs differentes ainsi qu'a une langue qui chante autrement, aux paysages non seulement continentaux mais aussi d'eaux froides. Nous avons l'impression d'avoir saute d'un monde a l'autre... Malgre nos 35 jours au large, loin de tout, comme si le temps s'etait efface et que nous ouvrions les yeux, apres une profonde lethargie... Mais cela fait partie du jeu, du voyage...
Quand il n'y a ni averse, ni crachin, ni pleuviote, c'est qu'il y a brouillard en matinee et grand soleil l'apres-midi...Voila le temps qui nous a aussi retenu un peu a Ancud. L'ile de Chiloe n'a pas tres bonne reputation en matiere de meteo; le climat pluvieux et difficile rend la vie penible aux marins. Alors on ne va pas cracher sur ces quelques journees de ciel bleu de fevrier, en plein ete austral. L'ile de Chiloe merite vraiment que nous nous y attardions et donc que nous y revenions plus tard, car ses paysages verdoyants et ses cotes tachetees de petites maisons en bois de toutes les couleurs et garnies de bateaux de peches de toutes tailles, couches sur le flanc sur la greve, en font un lieu tres atypique et"typique". Typique, pour des touristes fraichement arrives comme nous, mais atypique, parait-il, par rapport au reste du Chili. Visiblement, les Chilotes, pecheurs de coquillages et de crabes, ramasseurs d'algues, cultivateurs de pommes de terre, coupeurs de bois, ou eleveurs-fromagers, portent sur leur visage le passe tumultueux de leur ile restee si longtemps isolee, et restent fidelent apparemment a leurs traditions "fortes". Les traits espagnols melanges aux traits indiens (les Chonos) nous sautent aux yeux a chaque fois que nous mettons pieds a terre aux milieux des pecheurs et les balades dans les ruelles d'Ancud nous apprennent que ce melange n'est pas toujours heureux. Nous comprenons mieux aujourd'hui le mythe de la "vahine" polynesienne!!
Autre changement qu'il nous faut adopter, celui du deroulement des journees sur un autre rythme. La mise en train se fait tard, pas avant 10 heures du matin, l'heure a laquelle le brouillard se leve sur Ancud, la populasse bourdonne et deambule a partir de 16 heures, dans une cacophonie haute en decibels, de quoi nous faire doublement regretter "l'air" du large. La vie nocturne, bien propre aux pays latins, demarre vers 22 heures... Allez en toucher deux mots a ceux qui vivent sous les tropiques!!
Dans ce froid qui nous atteint, tout l'attirail du vrai marin breton en hiver est sorti, en plus des pulls, des bonnets et des chaussettes en laine, le "poncho" local est le bienvenu, mais cela ne nous empeche pas de venir a terre en kayak, deguises en pingouins jaunes... Faut juste faire gaffe de ne pas tomber a l'eau: 10 degres, ce n'est pas bien chaud... Mais pour les Chiliens, c'est l'ete, ils se baignent!!!
Tout est une question de patience, de pendule a l'heure... L'horloge biologique aussi, se remet tout doucement au tempo. Avec les produits locaux, fruits et legumes de saison, saumon frais et coquillages, miel et fromages "pays", on voudrait tout absorber en meme temps, tellement c'est trop bon de retrouver ces saveurs...c'est drole comme on n'a meme pas envie d'une noix de coco!!
Dommage que les formalites d'entree au Chili soient si longues et contraignantes. Nous sommes quand meme attendus a Puerto Montt, a 70 milles nautiques de la, pour y completer la paperasse incroyablement lourde, couteuse et peu coherente.
Alors, en avant sur la route des remous, pour enfin franchir ce fameux canal de Chacao, separant Chiloe du continent, la porte d'entree au golfe d'Ancud, le debut des canaux de Patagonie.
Point de nappe de brouillard a l'horizon, c'est l'heure de l'etale de maree basse en milieu d'une matinee mi-figue mi-raisin. Les lourds cumulus se lancent dans la course avec nous, d'ouest en est. Inia accelere sur le tapis roulant, entre les divers haut-fonds du detroit. Les mouettes picorent dans les cretes blanches des vaguelettes qui se soulevent nerveusement, les cormorans affrontent le vent au ras de l'eau, l'escadrille de pelicans passent indifferemment pres de nous, les phoques remontent le courant en bondissant comme des dauphins, les petits pingouins surgissent comme si de rien n'etait entre deux tourbillons, les goelands se posent dans le sillage d' Inia qui suit une trajectoire un peu zigzagante, comme si ses cuves d'eau n'etaient remplies que de "Pisco"! Le paysage defile, nous passons entre deux cotes de petites falaises calcaires aux cheveux verts entrecoupees de longues plages grisees et marrons, certainement de petits galets grossiers ou attendent des barques et des lanchas penchees. Le spectacle durera trois heures, a une vitesse moyenne de 8 noeuds et puis c'est la mer interieure avec les dauphins au ventre blanc qui nous rejoignent pour un bon bout de route, jusqu'a ce qu'on s'engouffre dans un dedale d'ilots. Il ne faut pas trainer, car c'est bientot la renverse et les bateaux de peche commencent a descendre.
Nous atteignons en fin de journee une zone ou il est possible de mouiller, une petite anse frequentee par les professionnels de la peche, il y a meme un chantier naval ou les bateaux sont construits a meme la plage: Calbuco! Decidement, on est a cent pour cent dans une ambiance peche, on fait un peu tache de mouche au milieu des bateaux en bois jaunes et oranges, blancs et bleus, des barques qui transitent entre les differents canaux, mais ici, les voiliers sont tres bien accueillis par les pecheurs... Et puis, on n'est pas tout seul, on voit passer un autre voilier... Un Brestois! Calbuco est un tres mignon village, avec une rue en front de mer tres coloree, d'ailleurs, depuis que cette ile est reliee par un isthme, le tourisme s'est developpe... Et puis les gens de l'ile d'en face viennent au marche municipal en barque pour leurs provisions... On a la sensation de voir le plus chouette des endroits de la region de Puerto-Montt. Allez! On reste un jour! Visite de Calbuco et de sa jolie eglise en bois, oblige!
Et puis on continue notre route vers la "capitale" du coin, il le faut bien. Le vent du sud nous y menera en une journee, toujours en slalomant entre les iles. Plus on se rapproche de Puerto-Montt, plus les sombres montagnes de la Cordilleres se dessinent. La neige au sommet, l'eau noire au pieds.
La marina ou nous sommes amarres se trouve coincee entre le continent et une toute petite ile, cela manque d'horizon, mais il y a la protection contre les elements naturels. Nous sommes a une dixaine de kilometres de la ville accessible en bus.
Deux jours apres notre arrivee: controle de l'Armada. Panique! Ils nous avaient perdus... Voila 48 heures que soit disant, l'armee nous cherchait, meme avec "una avionetta", depeche pour la mission! Soit disant, toujours, la marina ne nous avait pas signales... Quant a nous, a Calbuco, nous avions precise a la capitainerie que le lendemain, nous serions a Puerto Montt! C'est pour vous dire que ce n'est pas de la rigolade, mais qu'ils ne sont pas tres efficaces!
Sinon, toutes les demarches que nous devons effectuer depuis ici s'averent tres longues et laborieuses (impossible de trouver un guindeau neuf, que nous allons devoir importer d'Italie, entre autres), aussi Inia va scotcher en ces lieux quelques mois pour son entretien ou sa "grande visite". Il y a forcement, a un moment ou un autre, des priorites.
Voici une adresse postale pour les futures echanges epistolaires:
MARINA OXXEAN
yate INIA M.Belles Michel
Camino Chinquihue Km 6
Puerto Montt X (pour la region 10)
CHILI (ou CHILE)
Merci pour tous vos mails.
On vous bise fraichement, mais avec toute notre chaleur "naturelle et communicative", disent certains!
A plus...
Michel et Christine (pour innover).
vendredi 18 janvier 2008
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