vendredi 18 janvier 2008

Depart de RAIVAVAE

Raivavae, les Iles Australes, Polynésie-Française, le 25 novembre 2006
Bonjour et ia orana à tous
,
Raivavae, à l’aube du monde .
Si Tubuai est l’île de l’abondance, Rurutu, l’île aux baleines et Rapa, que nous vous réservons pour plus tard, petite sœur de l’île de Pâques, il est bien vague de surnommer Raivavae, l’île des crépuscules !
Mais il est vrai que sous cette latitude proche des 25 sud, les levers et les couchers de soleil sont quelques fois surprenants et jamais dans les mêmes teintes, alors…
C’est au petit matin de ce nouveau jour du mois de novembre s’achevant, allongés encore sur notre bannette immobilisée, que nos yeux s’ouvrent sur un ciel bleu et blanc, ouvrant ainsi une nouvelle page dans notre récit. Les nuages défilent et nous rappelle que le temps ne s’arrête jamais, jamais, jamais de courir ! Tout comme la plume sur une feuille ouatée…
Et le bleu du ciel évoque pour nous l’été austral qui s’installe et les bonnes fenêtres météo qui vont se multiplier pour la route à venir , évoque aussi les godets d’aquarelle qui se vident…Nous devons en garder un peu pour la suite
Nous sommes à la veille de notre départ de Raivavae pour le Chili, impardonnables que nous sommes de vous laisser sans nouvelles. Dans ce monde de "brutaux sprinteurs", vous méritez quelques sourires de l’autre bout du monde, à partager...
Adeptes de la philosophie océanienne: dans l'optimisme du présent!
Toujours à Raivavae où nous avons accueilli famille(s) et amis, des moments inoubliables tant ils ont été riches en découvertes et en intimités, en adaptabilités selon les âges et les sensibilités, avec vraiment l’envie de montrer que la Polynésie, c’est autre chose que celle qui est « truquée » dans les hôtels de luxe, que Raivavae est vraiment une île singulière…Avec ses îlots découpés et ses bancs de sable où nichent les oiseaux de mer dont les cris stridents font écho au va-et-vient du ressac et au grondement du récif, elle semble flotter dans son lagon émeraude qui reste éblouissant, même sous la pluie…C’est sans se lasser de faire le tour de ce même lagon, comme Antoine (atoll les opticiens) qui le partage avec nous avec sa philosophie du vendeur d’images de « bateau-carte postale » qui lui ait bien propre, que nous avons regardé, à plusieurs paires d’yeux, l'infini ou les baleines depuis le sommet du mont Hiro, bivouaqué sur les "motu" pour l’étude approfondie de nos amis les pagures, les soupçonnant même d’être nos ancêtres tellement nous avons des points communs, marché sur le platier à la recherche des langoustes sous le feu des lampes torche ou des poulpes suivant la marée, la lune ou le soleil, ou des crabes suivant l'appétit, regardé les coraux et ses poissons toujours différents suivant l'éclairage du jour ou la limpidité de l'eau, parcouru les sentiers à la cueillette de fruits ou de salades sauvages (faisant la curiosité des "locaux"), discuté avec les quelques figures "charismatiques" de l'ile qui nous font se rapprocher de toute cette population attachante et paradoxale, vecu... Oui ! Le train-train de Raivavae à toutes les saisons, un quotidien contemplatif et en harmonie avec tout ce qui nous entoure, à l’écoute de ce qui vibre sous nos yeux, de ceux qui s’aiment et se déchirent « à la Polynésienne »…
Mais qu'allez-vous donc penser de nous ?... Où dans ce monde "moderne" on ne peut pas tolérer que des hommes préfèrent travailler moins et se contenter de peu pour vivre, comme seule compte la quantité, et comme ce qui ne tombe pas sous les sens est d'ailleurs tenu pour inexistant il est admis que celui qui ne s'agite pas et qui ne produit pas matériellement est un "paresseux", dans un tel monde il n'y a aucune place pour tout ce qui est intérieur car ce sont là des choses qui ne se voient ni ne se touchent, qui ne se comptent ni ne se pèsent; il n'y a de la place que pour l'action y compris les plus dépourvues de toute signification.
Malheur!! A nous ou "pauvres" de nous...Qu’apprenons-nous aux autres ? Quel est notre héritage ?
Les livres nous instruisent mais c'est autre chose que de contempler le "corps" même, palpitant du paysage, de surprendre les sites anciens dans leur majesté recueillie, de suivre une voile sur la liquide plaine bleue, de s'inonder des vaporeux rouleaux de houle qui martèlent et submergent le récif, de s'envelopper de toute cette verdure de velours vert sombre aux mille senteurs enivrantes et griffeuses (voilà pour les fougères !) . De surprises en surprises, c'est à peine si nos yeux veulent croire à l'existence de tant de richesses dévoilées, s'ils se jugent capables de porter un tel témoignage d'un tel festival de lumières et de cohérences. Sous un ciel de traine de lavis clair, les hautes terres maigres et osseuses, descendent progressivement vers la soucoupe d'eau en douces et riches vallées couvertes de cultures qui meurent languissantes et rases jusqu'aux bords du lagon ou s'arrêtent brusquement en falaises nues et abandonnées à la caresse des ondes. Mais à ce festin pour les sens, vient s'ajouter la satisfaction de la compréhension. Chaque "lieu de rassemblement ou de recueillement", chaque jardin, chaque ruisseau, chaque arbre répond aux questions que l'on peut se poser. Sur les rites, le gout, la philosophie, les coutumes de chaque époque. Le rythme des danses, la candeur des légendes, la vibrations des chants, les plats traditionnels, les outils, les parlers datent les sites et racontent la vie. Car des hommes ont vécu là, et vivent encore…L'érosion d'une falaise, la formation et la disparition d'un banc de sable, le curage d'une "passe", les excavations sur les "motu" (ilots), comme aussi notre long silence justifient et donnent un sens a certaines énigmes: l'ile fantasmagorique "motu sable", la réalisation de ces colliers de "pupu" (coquillages) qui les caractérise, un temps que nous ne maitriserons jamais.
Quatre mois de bonheurs partagés, c'est long et peu à la fois...
Toutefois, une autre réalité du quotidien se présente à nous, et c’est aussi celle que nous allons quitter, cette réalité que personne ne maîtrise, y compris les intéressés et qui échappe à la Nature: la drogue, l’alcoolisme, la malhonnêteté, la violence, la décadence corporelle, le déballage, le gaspillage, la saleté…ne font plus le poids face à la générosité, à la grâce naturelle et à la simplicité de ce peuple polynésien. Et Raivavae, malheureusement île pétrie de religiosité qui influe totalement sur la vie sociale se montre à part des autres, à la limite de l’handicap généralisé et condamnée à peu évoluer dans le bon sens, si vraiment elle souhaitait « rattraper » les dégâts…Tout simplement se remémorer les repères ancestraux, le Bien, le Pourquoi, … Oui, elle a raison de vouloir se préserver, mais le monde occidental lui a déjà trop fait mal.
Nous nous apprêtons à quitter ce lointain lieu pourvu de richesses insoupçonnées et insoupçonnables... Dans notre mode de vie, dans notre nouvelle conception de l'aventure ou du voyage, Raivavae n'est plus une énigme... Un souhait, encore un de plus, nous espérons retrouver Raivavae (plus tard) ou une autre, dans notre marche...
Nous allons encore vous délaisser pour toutes ces fêtes de fin d'année mais nos coeurs sont avec vous.
Nous voudrions vous savoir heureux, sereins, "contemplatifs" ou vindicatifs; la route qui nous sépare de vous s'amenuise (peut-être pas pour tous).
Sachez que quelque part sur cette immensité liquide qui couvre encore les trois quart de la planète, nous ne cessons de penser a vous, nous qui passons de la liberté à la servitude, de la quiétude a l'inquiétude, de la chaleur odorante du vent à l'odeur acre et froide de l'océan en colère mais nous sommes persuadés et convaincus de nos bons choix, de vous les faire partager est important aussi pour nous, mais surtout nous sommes heureux d'être citoyens de ce monde et surtout et surtout de vous savoir avec nous ou parmi nous.
Mille et mille bises de Christine et Michel.
A très bientôt, après toutes ces fêtes en d'autres lieux, sous ces mêmes cieux. Très, très Bonnes Fêtes à vous tous!!!!

Aucun commentaire: