vendredi 18 janvier 2008

Retour a PUERTO MONTT

Bien tres chers tous,
Le language ne suffit par pour parler de la "Patagonie". Il faut venir "voir" par soi-meme, mais en toute sincerite, on peut tres bien s'en passer.
Nous ne vous parlerons que de la "Patagonie" que nous avons sillonnee, sachant que c'est deja un bel echantillon, bien suffisant pour se faire une idee. L'experience n'en reste pas pour autant apauvrie.
Dans cette descente vers le grand sud que nous avons entame a la mi-octobre dernier, nous avons fortement et forcement reflechi et ce n'est pas le temps qui nous manquait pour le faire et se decider.
Atteindre Puerto Williams, Ushuaia, "le bout ou "el fin" du monde" comme tous le disent ici, telles etaient nos intentions. Et de la reflexion, l'issue est toute autre.
En cours de route, nous avons change de programme! Cela en etonnera certains.
Nous nous sommes donc concentre sur l'archipel des Chonos entre le 43 et le 47 degres Sud, en nous perdant dans la lugubre solitude de ces canaux la, apres avoir pris la sage decision de ne pas poursuivre au dela du glacier San Valentin de la Laguna San Rafael. L'ile de Chiloe nous a egalement retenu, c'est elle qui detient le plus grand nombre de tres beaux canaux et de mouillages.
Chacun de nous tous recoit de facon differente le message enigmatique et fluide de ces montagnes d'un autre temps, d'une autre dimension, qu'il croit lire a travers cette ambiance si difficile a decrire. Lorsqu'on n'a pas d'autre conscience du monde, on peut bien supporter cette hostilite. Que recherchons nous, au juste?
Nous avons le sentiment d'avoir vecu la confrontation perilleuse et surtout laborieuse avec les elements, lasses de voir, jour apres jour, la betise et l'ininteret, bafouer le rythme et le style propres a notre philosophie de la voile. Notre conception de la vie en bateau et du voilier va totalement a l'encontre de l'environnement que nous offre la Patagonie.
Alors, ne trouvant ni raison, ni bon sens, ni but precis, ni fierte, ni exploit a prouver a cette "descente vers le sud", notre decision est ferme: les canaux de Patagonie, ce n'est pas un coin du monde pour nous. A y reflechir, il nous semblerait, peut-etre, plus logique de l'aborder par l'Argentine avec un objectif, tel le changement d'ocean ou une destination precise, tel les Malouines ou la Georgie du Sud...mais pour le moment, laissons tout ca de cote.
Quelques images pour vous donner l'ambiance du quotidien en ces contrees! Si vous en desirez d'avantage, l'integral des ecrits est disponible a qui aimerait le lire il suffit de le demander.
Tout est gris, nuancier d'une tristesse profonde, accablante. De ce ciel, blanc sale, terne, a la mer de plomb, les montagnes, a babord, a tribord sont en deuil perpetuel, du gris clair au noir. Cette teinte monochrome finit par mettre mal a l'aise. Cette symphonie en noir et blanc est deprimante au possible, pire qu'un requiem! Cette immensite sauvage et grise nous a pese sur les epaules comme un fardeau. Ce fut surtout la grande frustration de ne rien voir, de profiter de rien, qui nous a pris aux tripes. Comment peut-on etre heureux et emerveilles dans cette ambiance qui n'est imaginable que par les romanciers des aventures sinistres, pour les revoltes de la vie, pour les declasses, ou pour ceux qui ne connaissent pas autre chose. Nous pensons ne pas etre assez deprime pour ca.
Sous la pluie glaciale. Dans le vent. Il pleut trois cent jours par an, le vent y souffle en "temporal" trois cent jours par an aussi! Il n'y a rien de plus effrayant que ces montagnes opaques, gorgees d'eau ruisselante, qui forment a travers le deluge permanent une interminable succession de refuges inabordables . Un immense empire liquide ou la terre et l'eau se fondent en un seul element. Un silence de sepulcre, d'ordre divin que seule trouble la voie des esprits: le vent. Ici on ne compte pas quatre elements mais cinq: l'air diaphane, l'eau insondable, le feu des volcans, la terre qui tremble et le silence. Un univers de desesperance. On ne peut y regarder que la pluie en remachant des souvenirs, mais on ne peut pas vivre que de souvenirs ou peut-etre que nous ne sommes pas assez "vieux" pour ca.
Il y avait des larmes dans le ciel, il y avait des larmes dans nos coeurs!
Chacun se demandait si c'etait bien utile de trouver magnifique ce qui ne l'est pas! Et c'est ainsi que le doute a commence a bouillonner dans notre sillage.
L'espoir est toujours porte par une attente comme tout voyage est porteur de reves, mais bien sur, la deception peut se trouver au rendez-vous.
Nous dumes reapprendre la resignation, la contrainte, la melancolie, la patience et pour ca la Patagonie chilienne est une bonne ecole.
Le silence est le chemin secret vers la patience, la maitrise de soi, la dignite, la perseverance et surtout le respect.
On peut s'habituer a tout certes, l'adaptation n'est-elle pas le propre des "nomades" que nous sommes, le marin ne serait-il plus patient? Mais pas a la PLUIE... Essuyer les tempetes, bloques au fond des "caletas" noyees sous des deluges, au milieu d'une nature delavee et inaccessible, s'enfoncer dans un puits ou la lumiere ne penetre pas, entre des montagnes porteuses de tristesse, chaque jour, vous enleve de la gaiete... Dites-nous ou se trouvent le plaisir?
Puis, de plus, le voilier n'est pas adapte a ce genre de navigation. Le capitaine se refusant:
- de naviguer contre vent et courant, ou le moteur n'est plus l'element auxillaire de propulsion mais le principal,
- de naviguer au radar, autant retrouver une "salle de controle" sous air conditionne,
- de naviguer de nuit lorsqu'on fait de la cotiere,
- de devoir se ligaturer aux "cocotiers", la encore pourquoi aller contre nature, n'est-ce pas le propre du voilier de s'adapter a ses elements...
- de ....
Dans cette tristesse qui s'est emparee de nous, dans cette croisiere au gout delave, nous y voyons une chance, pourvu que nous ayons l'audace de pousser a son terme les deductions que cet etat impose. La premiere est qu'il faut bien reconnaitre que nous appartenons a ceux pour qui le soleil est un besoin, l'horizon, une drogue. La deuxieme est que, dans notre liberte de choix, la renonciation est parfois signe de grande sagesse.
Nos propos sont de justifier et de faire valoir que notre choix est inspire par un besoin qui merite un sort particulier du fait qu'il ait d'une epoque qui considere que la surprise et l'inattendu ne font plus partie du quotidien et nous le regrettons, tout comme la naivete est une cause perdue et ou le hasard apparait comme un succedane de la volonte.
Nous souffrions trop de manque de couleurs, d'horizon, de sourires, de profondeurs, de legerete, de douceur,... Puis nous pensons, a juste raison, que poursuivre aurait ete plus decevant et eprouvant que motivant ou stimulant.
Nous faisons donc cap au soleil, cap au nord.
On ne reve que d'un soleil ardent qui rayonne, splendide reveil de la nature et de contempler les yeux grands ouverts cette terre "bien universel". S'exposer a l'ardeur du soleil sentir ses rayons vivifier nos corps pour un bonheur retrouve.
Inia va pointer maintenant le nez vers le large et comme elle reconnaitra l'odeur qu'elle prefere, elle suivra la piste du Pacifique sans hesiter. Si cela vous dit, incessammant sous peu cap sur les Gambier en esperant atterrir et relacher a l'archipel Juan Ferdandez (Ile Robinson Crusoe), a l'Ile de Paques, a Ducie, a Henderson ou a Oeno pourquoi pas?.
Portes par notre goelette, plus a l'aise sur l'ocean qu'au milieu de ce labyrinthe liquide sous un ciel toujours noir et au milieu de ce reseau de vents cruels, souvenirs fugaces, nostalgies, pensees melancoliques se bousculent dans nos tetes et l'envoutement de lumieres, de couleurs, nous trouble au point de nous imaginer deja entrer dans l'eau turquoise, nager dans la transparence des eaux bleues et calmes d'un lagon, jusqu'a nous perdre au loin, la-bas, dans les mers souvent tranquilles de la Polynesie ou d'autres archipels du Pacifique.
Finalement, quelque part, il y a un autre "monde" qui ne nous a jamais quitte. Il ne s'appelle peut etre pas "le bout du monde", mais nous le surnommons "le bout de nos envies"!
Tres DOUCES et AGREABLES FETES de FIN d'ANNEE a tous et que vos envies aient un "bout"!
Mille bises de Christine et Michel.

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