mardi 15 janvier 2008

LES MARQUISES RAIVAVAE

Inia encore en Polynesie Francaise, Archipel des Australes, Ile de Raivavae, le Retour, juillet 2006.
Tres chers tous, familles et amis lecteurs des quatre coins de la planete,
Inia a bouge sa grosse carcasse, ceci merite un petit ecrit de circonstances. Notre esprit s'est laisse influencer une fois de plus par la poesie et la magie du grand large....
A l'heure ou la metropole entiere et toute la Polynesie vibraient pour la finale de la coupe du monde de foot, nous laissions Nuku-Hiva dans notre sillage, avec tant de regret qu'il vallait mieux pour nous, nous refugier sur notre petit nuage blanc porteur de doux souvenirs raivavaeens...Mais ce n'est pas un adieu aux Marquises, juste un aurevoir! Par contre, nous quittions cet archipel avec la triste nouvelle du deces accidentel de Daniel (une mauvaise chute sur le torax), Daniel, l'ami de tous, l'ami de cette attachante vallee d'Hakaui, l'ami des gens de terre et des gens de mer, toujours serviable, toujours heureux de nous voir, toujours genereux, toujours tres simple et realiste, toujours blagueur, Daniel va manquer a tout le monde et surtout a Antoinette que les jambes ne portent plus et qui a rejoint par la force des choses, la maison de son fils adoptif a Taiohae, la capitale. Antoinette ne verra plus la mer... Pour ceux qui le connaissaient, il nous semblait important d'annoncer cette triste nouvelle.
Le cote penible d'un depart, en plus d'un tel malheureux accident, est de parvenir a retenir l'esprit s'envolant deja ailleurs, alors que le corps meme s'agite presentement aux preparatifs... Les amis aussi, il est bien difficile de les laisser et pourtant ils se mobilisent pour essayer de nous retenir et aussi pour parfaire la navigation a venir. Nous ne remercierons jamais assez toute cette disponibilite des gens d'ailleurs, de toutes les couleurs et de tous les accents, pour qui la simplicite et l'echange sont encore de ce monde.
Le bateau est pret, l'equipage aussi, les fruits sont a bord, les boites pleines d'oeufs aussi... Les petites poules de jardin, boostees par les epluchures de gingembre, ca marche! Le soleil est radieux sur toutes les Marquises, alors vogue, vogue....Quart en haut, quart en bas, entendons-nous sonner le glas, encore un peu d'artimon, encore un peu de misaine, et le beau temps restera...et le bon vent nous menera a Fatu-Hiva...
L'idee, pas bete l'idee! Ne point (trop) s'eloigner d'une "terre" pour capter sur les ondes la finale France-Italie... Que voulez-vous, nous aussi nous etions pris dans le tourbillon du ballon rond! Et ainsi, Fatu-Hiva se devoilait la "terre" ideale pour jouer les "supporters"...Mais,'en arriere-pensee, Fatu-Hiva etait aussi pour nous une facon de quitter les Marquises en beaute. Dernier regard donc sur cet archipel en posant nos yeux curieux sur les colonnes de roche qui font l'etrangete et la particularite de la celebre "baie des vierges". Pour ceux qui ne connaissent pas ces lieux, le nom reel, modifie tristement et injustement, sans doute, par un "pieux" de passage, est la "baie des verges". Bien merite, et bien plus sincere, puisque ces colonnes sculptees par l'air du temps, etant surmontees d'une partie plus dure en saillie, rappellent d'une facon suggestive le symbole de la virilite, si cher en plus aux Marquisiens... Alors dites-nous, quel est l'abruti qui a transforme ces "bites" volcaniques en de saintes vierges priant on ne sait qui, on ne sait quoi ! ? Passons...
Passons, oui, puisqu' Inia n'est restee qu'une nuit dans ce decor erotique, dommage... Mais nous etions bien lances sur la route plein sud en direction des Australes, alors il ne faudrait point abuser... Des bonnes choses!! ... Et surtout ne point s'ecarter de notre objectif: 1000 milles nautiques plus loin dans le sud-ouest, l'ile de Raivavae, l'ile des passions... Decidemment!
Que viennent les jours bleu-pales charges d'humidite... Un peu tous pareils.
Que vienne le soleil, l'astre chaud qui s'eveille sur le bleu indellebile, fier, comme si le monde dependait de lui... Il n'a pas tord, le bougre!
Et qu'il plonge dans le feu qui l'innonde tout d'un coup, qu'il se couche donc au dela des flots avec nos reves endormis.
Que vienne la chaleur de plomb sur un ocean immobile, flop, flop, font les voiles.
Que vienne la nuit, que vienne la lune, la pleine, grosse et ronde, grosse et ronde et rousse qui s'eleve dans le ciel etoile comme un ballon gonfle a l'helium. Reine de la nuit, nos ombres s'ecrasent sur le pont eclaire.
Que volent les poissons argentes qui nous tracent le chemin. Qu'ils viennent sur le pont, nous en ferons un festin!
Que viennent les oiseaux curieux ou indifferents, joueurs et solitaires, annonciateurs de jolie brise.
Que vienne la croix du sud, notre guide des nuits superbement etoilees si les masses nuageuses ne viennent pas cacher en traitres les plus belles constellations de l'hemisphere sud.
Que viennent les moutons blancs sur les cretes des vagues qui ballottent et rincent notre carcasse d'acier.
Que vienne le vent, et la "bise" fut venue... Ah! Oui! Du vent, on en a eu, la priere fut entendue! Quatre jours sur dix, les quatre derniers, d'avis de grand frais. Du force 6 a 8 dans le dernier bout de tissu hisse qui nous tire en avant. Eole, c'est bon maintenant, pas trop qu'il n'en faut, non plus! Tu nous epuises a la longue, nos bras n'en peuvent plus de tirer sur la toile, de barrer ces trente tonnes plus legers qu'une plume dans la survente d'un grain, nos epaules n'en peuvent plus de soupeser nos lourdes vestes de quart ruisselantes... Et puis ca devient le vrac a l'interieur!! On n'arrive pas a trouver le sommeil...
Que vienne la pluie, l'eau du ciel, les pleurs de l'atmosphere a jamais perturbee sous ces latitudes qui deviennent deluge quand la mauvaise humeur s'installe. Remarquez, ca rince le pont!
On finira bien par s'abandonner a nos pensees bercees, un peu trop, par les flots qui deboulent le long de la coque...le bruit du vent dans les voiles, les craquements des ecoutes hypertendues, tout cela vaut mieux que la vaisselle et les bocaux qui s'entrechoquent dans les equipees et les bouquins qui voltigent et les boites de biscuits qui s'eventrent...
On finira bien, avec patience et longueur du temps, langueur aussi, a apercvoir l'ile bleue... La musique des flots, la musique des mots nous y meneront...
Rien ne peut nous arreter, ni le vent, ni la mer, ni les montagnes, hormis ces maudits atolls des Tuamotu qui ont le chic de vous barrer la route. Un trait bref, un coup de pinceau vert jaunatre sur l'horizon - le peintre se montre faineant - rompant la monotonie de la ligne. Ces recifs, comme des navires voguant, n'ont comme choix que de vivre au rythme des caprices du temps...Le temps qui brule, le temps qui mouille, le temps qui decoiffe et le temps qui sommeille. Ces recifs qui se meurent a une echelle de temps qui nous echappe, ces recifs echeuveles ou seuls les cocotiers sont signe de vie possible enfermant ainsi le secret de la perseverance. Ces recifs ou grondent les vagues, ces recifs...
Une fois de plus, nous ne ferons aucun stop dans aucune de ces soucoupes bleues pourtant turquoises. Nous preferons les atolls avec une montagne dedans! C'est ainsi! Parce que, une montagne, elle arrete l'eau du ciel, elle nourrit, elle donne du relief a la vie, elle protege...
L'enclos bleu, nous le laissons aux poissons et aux requins, aux romantiques les pieds en eventail sur une chaise longue en vacances, nous le laissons aux Puamotus qui sont nes la, qui cultivent le coprah, et eventuellement qui y font pousser des perles, nous le laissons a Antoine et les optitiens!...
Mais comme elle est insolite cette sensation de solitude, peut-etre partagee, qui sait, lorsqu'on frole ce genre de radeau amarre au corail fossilise. "Peut-etre quelqu'un nous voit-il depuis l'atoll?" et depuis l'atoll: "Tiens! Une voile au loin". Le bateau ne fait que passer, pas de regret de toutes les facons, celui-ci n'a pas de passe! Pas de contact avec ce monde d"exiles" du Pacifique et sans doute heureux de l'etre.
Mille milles donc plus loin, voire un peu plus avec les detours et les crochets, sales, rinces, fatigues, courbatures, les fesses en compote, mais le coeur heureux, nous voyions se dessiner Raivavae entre deux grains, sous un ciel lourd, gris sombre de fin de coup de vent et de fin de journee. Vingt deux heures trente, nous embouquons la passe grace aux feux d'alignement et nous laissions filer l'ancre dans l'eau calme du lagon! Bateau immobilise, que ca fait drole! Nous retrouvons deja les copains qui nous attendaient, prevenus par la VHF. D'un coup de lampe torche amical, ils nous souhaitent bonne nuit... Et quelle nuit... Et quelle grace matinee, alors que le soleil brille de tous ses feux... Une aubaine pour faire secher l'interieur du bateau!
Le bonheur de retrouver le calme et la beaute de Raivavae, les copains et les connaissances, les dernieres news, bien que peu de choses se soient passees ces neufs derniers mois en notre absence.
Le contraste est enorme avec le climat des Marquises. Entre la latitude 8 Sud et 24 Sud, la difference de temperature, autant pour l'air que pour l'eau, est importante, mais cela ne va pas pour nous deplaire pour notre sejour de remise en forme et de convalescence dans cette nouvelle ambiance.
Qu'il est bon de changer d'air de temps en temps!
Nous nous appretons a present a recevoir nos petits "cherubins" de Manon et Pierre pour le mois d'aout. Ca va demenager!
Leur regard sur Raivavae qu'ils vont decouvrir apres un long voyage, comme tous les regards des enfants, sera fort interessant...
Rendez-vous plus tard, donc.
Sur ce, nous vous envoyons a tous de tres gros bisous.
"Passez a l'ombre" et allez les "Bleus"!!!
Christine et Michel

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