vendredi 18 janvier 2008

La Transpacifique RAPA CHILI

Trans Pacifique, entre l'ile de Rapa (Les Australes) et la ville d' ANCUD (Ile de Chiloe-Nord Patagonie)
Du 28 decembre 2006 au 02 fevrier 2007
Ou toutes nos pensees vont vers vous, vers ce devenir...
Sans vouloir attiser le feu ou etre sujet de discorde nous esperons que la "Star Ac Politique" vous divertit et vous comble dans vos esperances.
Combien de ces pretendants nous proposent quelque chose de fort, de nouveau (comme le Beaujolais). Aucun de ces pretendants n'est capable "de realiser ou de concevoir et de proposer un projet de societe echappant a la politique "mortelle et aveugle de la croissance". Pour nous, on ne sait plus ou est la "democratie" et la devise republicaine "liberte, egalite, fraternite...
Que notre planete est belle, forte et genereuse malgre toutes les entraves que l'on y cree et que l'on se cree...
Voyez, qu'on ne vous oublie pas, ne sachant toujours pas quelles sont vos attentes, mais revenons a notre epopee "divine"...
Le geant des brumes, de sa grande main blanche gantee, posee sur le diademe de Rapa Iti, menace d'enfoncer l'ile dans les flots obscurs.
C'est sur cette image fantomatique que nous quittons Rapa, la petite, dans notre sillage, une fin d'apres-midi pluvieuse d'un sur-sur-sur lendemain de Noel.
Cap a l'est: 3500 milles nautiques, une longue route a remonter le temps.
Etrange sensation que celle de tourner le dos a ce coin du Pacifique a l'image de ce que beaucoup revent, a juste titre. Quand on pense a tous ceux qui sont en train de se preparer sur les pontons de France et de Navarres pour partir a la recherche de "l'ile Bleue", alors que nous touchions du bout du coeur "notre" ile, "nos" iles: Nuku Hiva, l'ile verte, Rapa, l'ile blanche, Raivavae, l'ile bleue!
Mais voila, ce besoin de changer de coin pour voir comment c'est ailleurs, "ailleurs land", pour perpetuer le gout de la decouverte, la peur de s'encrouter! Tant que la sante est bonne, osons!
L'escale a Rapa nous aura remis sur les rail du voyage, comme nous le disions dans notre precedent message, un voyage qui prend de l'ampleur en etendue et en profondeur! "Ben" voyons, les plus grands abysses nous attendent!
Nous nous laissons porter par les flots, a la poursuite de ce premier oiseau du grand large, le petrel sombre et solitaire, qui se joue bien ouvertement de notre lenteur. L'ocean, si changeant dans ses humeurs, est a chaque rendez-vous, notre refuge flottant, le lieu ou nous pouvons le mieux laisser filer nos pensees. Nous les liberons comme on lache un vol de oisillons, ces petits ballons a plumes si fragiles, et ces pensees s'eparpillent dans le ciel, virevoltent et se soulevent avec le vent et les embruns, legeres, inconscientes et ecervelees, ou bien lourdes de sens, reflechies et graves, ou bien initiatrices de reves bizarres.
Si paradoxal que cela puisse paraitre, produire des pensees ecervelees dans les moments d'agitation des elements qui pourraient faire naitre des angoisses, c'est peut-etre un exercice qui mene vers l'echappatoire, vers l'eloignement...le temps de laisser passer une grosse vague...avant le retour au calme du sommeil. Certains evoquoraient plutot l'idee de vouloir faire le vide lorsqu'ils se voient errer sur l'immensite de l'ocean, il n'empeche que la nature a horreur du vide et qu'il s'agit la simplement de laisser vagabonder ses propres pensees sur d'autres themes.
Pensees...et non pensees, coquelicots et capucines...Ciel! Que le jardin des fleurs et l'odeur de la terre humide nous manque!
Penser durant des heures entieres, quel privilege, a l'heure actuelle!
Desormais, les montagnes ne sont plus vierges, la lune a ete pietinee, bientot Mars et pourquoi pas Jupiter et Cie, il n'y a plus aucune ile -si petite soit-elle- que l'on peut encore decouvrir. Reste alors les grandes aventures intimes, la conquete de nous-meme... Car finalement, qu'est-ce qui nous pousse depuis tant d'annees a parcourir de telles distances, a la vitesse d'une tortue endormie, flottant sur une masse liquide d'une epaisseur de quelques kilometres, au gre des caprices du vent, soumis a la force de l'eau?
"Leve-toi, nous avons l'eternite pour dormir!" disait un poete oriental. Facile a dire, quand tout autour de vous, bouge, remue, se secoue, se souleve et retombe. La lampe tempete suspendue au dessus de la table du carre defie les pendules des plus eminents radiesthesistes. Seule vous anime l'envie de caler votre tete pensante, fermer les yeux, decontracter les muscles du corps sollicites en permanence, et attraper un livre pour vous enfuir dans l'immobilisme de la lecture et ainsi, aiguiser la matiere grise!
Et alors que nous retraversons le Grand Pacifique Sud, sans jamais rencontrer de Terre, nous voyageons autrement a travers tous ces livres qu'amis ou familles laissent entre nos mains ou que l'on echange entre bateaux, selon les escales.
Des Etats-Unis, a l'Orient, en passant par l'Afrique et l'Europe, en s'attardant en Finlande pour revenir dans les iles tropicales du globe, c'est un veritable voyage au milieu des mots, des styles et des moeurs qui s'entrechoquent...Mais toujours le meme constat que les etres humains, depuis qu'ils sont sur Terre, n'ont de cesse que de se faire la guerre, de se faire souffrir, de se mentir, de s'entre-tuer ou de se tuer a petit feu. Alors, oh! Combien nous savourons cette periode ou nous sommes isoles loin de toute ile, de tout continent, de nos semblables, ecartes de tous les malheurs qui emplissent les hommes. Pour sur, ce n'est pas nous les naufragers volontaires.
Et pourtant, le joyaux, nous l'avons entre nos mains, c'est la vie, et la vie vient de l'eau, celle qui porte nos trente tonnes.
Privilege que de signer tout simplement son existence en tracant son sillage a la surface de la plus belle des planetes, faut-il devoir flirter avec les quarantiemes pour en prendre conscience!
L'ocean est joueur et nous, rien qu'un bouchon.
Les vingt premiers jours de cette traversee s' ecoulent dans une lenteur exquise. Nous sommes pris dans un immense anticyclone, digne d'une grosse bulle de savon flottant gentiment a la surface d'une eau paisible. Tout a fait a l'image de ces 18 derniers jours passes a Rapa a attendre le vent! L'encalminage n'a alors rien de desagreable. Il est vrai que les marins se plaignent constamment de n'avoir pas suffisament de vent pour avancer. Et soudain, comme pour les punir, le ciel leur envoie une tornade! Pourtant, cette fois-ci, nos pensees ne sont pas a la plainte, mais nous avons droit quand-meme a notre tempete! Normal en ces latitudes! La grosse bulle de savon eclate, en liberant une energie incroyable, barometre en chute vertigineuse! Le temps qui se comptait par de longues heures interminables, ne se mesure plus qu'en battements de coeur! L'ocean violet par beau temps, prend la teinte grise des mauvais jours, les vaguelettes grossissent a vue d'oeil sous les assauts des violentes rafales. L'immensite sans relief devient montagnes qui vous menacent de vous engloutir sous les avalanches ecumeuses. C'est le moment que preferent en general les albatros pour se pencher sur votre sort. D'un coup d'ailes, entre ciel et mer, ils vous frolent en semblant vous demander si tout va bien. Oui, Oui! On ne va tarder a se mettre a la cape seche, "prouf-crac"! trop tard, la GV de misaine au quatrieme ris se dechire., a mettre sur le compte de ces huit dernieres annees de loyaux services!
Et puis, comme toujours, le vent se calme, le bateau reprend sa route prudemment, comme si l'ocean se voit recouvert de milliers d'oeufs de sternes qu'il ne faut pas ecraser, mais la mer restera grosse pendant des jours et des jours sous un ciel gris larmoyant, avec une ligne d'horizon qui hesite entre le "sympa" ou le "menacant". La latitude 40 sud est atteinte, et la tristesse nous accompagne dans notre crasse et notre humidite croissantes.
Et puis les milles defilent, les jours et les nuits se succedent, c'est tout juste si nous savons quel jour nous sommes, perdus meme dans le temps, si le livre de bord n'etait pas la pour donner la cadance dans cette remontee des fuseaux horaire.
Un anticyclone nous chapeaute a nouveau. La lumiere stellaire se noie dans la lumiere lunaire, nos nuits, bien que courtes et glaciales, reprennent de leur beaute. Les journees, bien que fraiches paraissent plus vivantes sous le soleil. Plus le droit de s'asperger a grands seaux d'eau. La temperature de l'air, comme de l'eau avoisine les 10 degres.
Dans cette echappee, il y a toujours une pensee plus coriace que les autres: l'arrivee!
Comment va se passer notre arrivee au Chili, les habituelles questions sur l'inconnu quand un bateau, si libre au large, approche d'une terre! Meteo, marees, courants, lieu de repli, abris, profondeurs, zone de mouillage, balisage...Plus que 500 Mn, plus que 300, plus que 150, plus que 50...
A 100 Mn de la cote, un brouillard de plus en plus epais nous enferme dans notre solitude, enfin! Tout est relatif! Car il suffit a une telle brume cotonneuse de faire naitre dans votre imagination la desagreable impression que mille bateaux de peche vous encerclent tout a coup! En tout cas, ca commence a causer sur les ondes! Mais le radar reste, lui, muet.
Ce brouillard est annonciateur d'une petole a venir, le moteur prendra sans doute alors le relai.
L'approche, l'approche...L'esprit se fixe sur un futur proche qui nous concerne, mettant au panier toutes nos pensees philosophiques intemporelles, disons que la boite a pensees va se refermer delicatement pour ouvrir la porte du compartiment "pratique"! Toucher terre et redevenir "terre a terre", la poisse. Ce dire que le premier contact avec l'etre humain va etre aux couleurs de l'uniforme du pays, des autorites locales! De quoi faire envoler toute poesie! Enfin!
Pourtant, nous ne sommes pas presses d'arriver, nous sommes juste un peu fatigues...35 jours de mer sur un rythme artificiel, ca use quand meme!
"Ce n'est pas seulement au bout du chemin que l'on arrive!" Et oui! Voila bien une grande phrase!
Notre porte d'entree dans cette partie nord de la Patagonie est le canal de Chacao, au nord de l'ile de Chiloe. Ainsi s'ouvre un nouveau monde pour Inia. A la lecture des documents nautiques, nous visualisons que ce passage est scabreux et mal pave. Neuf noeuds en vives-eaux nous y attendent et la lune bien pleine apportera sa contribution pour rendre les zones de remous plus diaboliques encore. Ce canal reliant l'ocean au golfe d'Ancud debouche dans une veritable petite mer interieure. Et laissant Chiloe a tribord nous remonterons davantage vers le nord ou la ville de Puerto Montt tapisse le paysage rudement soumis aux fortes marees et aux incessantes precipitations glaciales.
La, sont nos projets qui vont devoir etre revises, car au petit matin meme de notre atterrissage, le brouillard nous immobilise denouveau, et nous sommes obliges d'envisager la nagigation par etapes. A quelques milles seulement au large, l'eau bout et fume, pale de colere et bruyante dans les tourbillons. Nous tracons notre chemin marbre d'ecume et cahotique sans trop savoir ou nous mettons la quille. Faire confiance au GPS et au Radar, merci l'electronique! L'eau est verte, de ce vert des bouteilles polies de liqueur d'antan. Mais le contenu n'est ni sucre, ni suave. L'air salin sature de gouttellettes d'eau pue le goemon a la derive et la pisse des phoques. En fin de matinee, la brume fait mine de se lever et ainsi nous pouvons faire cap sur un mouillage d'attente a l'entree du canal, au nord de l'ile de Chiloe, en face du mole des pecheurs de la petite ville de Ancud. Nous y resterons quelques jours finalement.
Le soleil enfin egaye cette fin de traversee, ainsi que toute la faune des grandes latitudes qui se donne en demonstration et les sommets enneiges de la cordillere des Andes qui apparaissent en fond de toile pour bien nous confirmer la majeste de ce continent.
Apres tant de jours loin de tout, les sentiments divers et contradictoires qui naissaient dans ce p... de brouillard laissent place au bonheur. Difficile encore de dire si nous sommes pleinement heureux d'un tel point de chute, mais au bruit que fait la chaine qui se devide dans les premieres eaux froides patagones, et aux premiers signes amicaux avec les bateaux de peche, nous nous regardons tendrement, amoureusement et nous sourions...!
Nous avons une petite envie de dedier ce message a la saveur salee du grand large a tous nos amis marins qui ont termine leur "boucle", ont pose leur sac a terre definitivement ou passagerement... Pour qu'ils se souviennent... Et aussi, enfin, a vous tous...
Merci a tous pour tous vos messages et vos bons voeux qui nous attendaient a notre arrivee.
A bientot et bisous!
Christine et Michel

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