mardi 15 janvier 2008

PETITE HISTOIRE de PINGOUIN

YEP, le pingouin

Il était une fois un jeune pingouin qui se prénommait YEP et qui habitait avec sa très grande famille au bord de la mer, à l'extrème sud d'une très longue île, l'île des grands nuages blancs et des épais manteaux de brouillard. La famille de pingouins occupait une de ces immenses plages de sable ocre, abritées du grand vent de l'ouest. Les pingouins passaient leurs journées à chasser le poisson à travers ces grands bancs de sardines qui vont et viennent le long des côtes. Repus, ils se mettaient à jouer dans les vagues qui roulaient sur le sable et puis se prélassaient au soleil lorsqu'un rayon chaud osait percer le froid de l'hiver austral. A la tombée du jour, ils aimaient marcher dans les dunes où les touffes de graminées formaient de véritables cachettes pour les jeux favoris des plus jeunes. Les grands "pingouinaient"à nageoires rompues, à tout vent se dandinaient...Sous la lune ou sous la pluie, c'était chaque jour, à la même heure, un drôle de spectacle, cette ballade des pingouins heureux!
Alors que l'hiver desserrait son étau et que les "relatifs" beaux jours revenaient, YEP, qui grandissait, trouvait le paysage un peu monotone et ces ballades rébarbatives. En fait, YEP s'ennuyait! Il se confia à ses parents:
- Comment c'est, ailleurs?
Sa mère, LAINE, un peu inquiète de son attitude encore plus nonchalante qu'à l'ordinaire se rendait compte que son fils avait grandi - deux hivers et deux étés s'étaient écoulés- et depuis, d'autres petits étaient nés, PINPIN le cadet et DUNEDINE la dernière. Il était tant que YEP tombe amoureux à son tour! Son père, NELSON, lui suggéra de voyager, de se changer les idées...partir pour mieux revenir, le coeur plus léger et la tête pleines d'images!
- Tu as raison, papa, je pars dès demain, pour un beau voyage!
- mais où iras-tu, fiston?
Mais où aller, effectivement, pensa-t-il? YEP avait le choix. L'idée de visiter le nord de son île ne lui déplaisait pas, mais il y faisait trop chaud, il ne voulait pas ressembler à son cousin très lointain de là-bas qui était resté plutôt petit et terne, c'était un manchot pygmée bleu. Non! lui, était plutôt grand, blanc et noir avec un très joli trait jaune d'or au dessus de chaque oeil. Il voulait devenir encore plus grand, plus fort, plus beau, pour séduire.
- C'est décidé! j'irai vers le sud, vers le cercle polaire, d'ailleurs un soir, pour m'endormir, quand j'étais tout poussin, tu m'en avais parlé. T'en souviens-tu?
- oui...non...peut-être...répondît son père qui commençait à se mordre le bec d'avoir fait germer une telle idée dans la tête de son fils. Il continua:
-Te rends-tu compte que les eaux y sont beaucoup plus froides, que la mer se transforme en banquise, que le vent souffle des glaçons...et que...et que...
- oui, je m'en doute, mais les poissons y sont plus gras!
NELSON baissa les nageoires et LAINE retînt une larme devant la décision ferme et résolue de YEP!
Dès les premières lueurs du jour suivant, YEP plongea dans la vague et ne ressortît la tête de l'eau que bien plus tard, quand la côte n'était plus en vue, afin de ne pas être tenté de faire demi-tour. Pour la première fois de sa vie, il était seul, complètement seul, face à cet océan sombre, glacé où certainement plein de dangers l'attendaient. Il mît cap au sud et ce, pendant des jours et des nuits entières de nage incessante. Un matin, un albatros, un très grand albatros le survola:
- Fais attention, pingouin, une tempète arrive par l'ouest et où vas-tu donc comme çà?
- Au pôle sud, quelque chose me dit qu'il faut que j'y aille...
- Quelque chose me dit aussi que t'es pas arrivé, pingouin, mais t'es sur la bonne route! T'es sacrément courageux! et une dernière fois, l'albatros lui conseilla de rester vigilant face à la tempète qui arrivait.
Une heure plus tard, effectivement, le vent se mît à hurler comme si quelqu'un l'avait contrarié et la mer se creusa comme si quelque chose la piquait par dessous et par dessus...La tempète empêchait YEP d'avancer, les lames l'engloutissaient par moment, les déferlantes le noyaient, comment reprendre son souffle quand le vent furieux faisait voler en écume les flots déchaînés. Puis tout s'appaisa. Le silence de la grande houle revînt. YEP était très, très fatigué, mais encore vivant. Il pût reprendre sa nage, plus calmement. Plus tard, il croisa une grosse baleine, une très grosse baleine. Mais la baleine ne fît pas attention à lui et continua son chemin...peut-être était-elle très vieille et ne voyait-elle pas bien?
Mais quelle fût sa frayeur lorsqu'une orque solitaire fonça droit sur lui pour le manger. Après une course poursuite des plus terriblement engoissantes, le coeur totalement affolé, YEP réussît à lui échapper en allant se réfugier dans une petite cavité d'un iceberg qui flottait par miracle dans le coin.
- Ouf! De justesse! pensa-t-il. Pour rien au monde j'aurais voulu voir la couleur des entrailles de cet animal de malheur!
Des icebergs, il y en avait de plus en plus à l'approche du pôle sud. Mais ils étaient dangereux aussi, car les icebergs craquaient et en bougeant, ces monstres de glace créaient de très gros remous autour d'eux qui auraient pu attirer YEP vers les abîmes.
Les nuits étaient plus calmes, heureusement! YEP suivait ,imperturbable, sa constellation d'étoiles préférée qui lui indiquait la bonne route: la Croix du Sud.
Il arriva enfin sur le cercle polaire et totalement épuisé, il se hissa sur la banquise et sombra dans un sommeil profond, sans même voir la beauté de cette nouvelle étendue blanche et sans deviner encore les dangers qu'elle pouvait dissimuler.
Ce fût une petite voix douce et féminine qui le réveilla. YEP ouvrit les yeux sur un petit être semblable à lui. DANDELINE était, elle aussi, un pingouin. Non surprise de le voir étendu sur la banquise, elle lui demanda:
- D'où viens-tu? Et pourquoi es-tu si fatigué?
YEP lui raconta toute son histoire sans oublier une seule miette de ses frayeurs. Mais il devina ensuite, une tristesse dans les yeux de sa nouvelle amie:
- A quoi penses-tu, DANDELINE, tu es toute songeuse?
- Je viens de perdre ma famille. Hier, quand la tempète a soufflé fort, très fort sur la banquise, on ne pouvait plus voir à moins d'un pas de pingouin dans ce terrible blizzard et j'ai dû marcher dans la direction opposé à celle de ma troupe, car ensuite, quand le blizzard a cessé, je me suis retrouvée toute seule, abandonnée... J'ai beau chercher, chercher...cette banquise est tellement immense ,qu'aujourd'hui encore, je suis orpheline....Et un minuscule petit glaçon coula sur sa joue.
- Ne pleure plus, DANDELINE, je suis là maintenant et nous allons continuer à marcher...
De toutes les façons, il n'y avait que ça à faire, marcher, sur ce sol froid et blanc. DANDELINE et YEP ne retrouvèrent jamais cette colonie de pingouins, mais ils devinrent les meilleurs amis du monde. Inséparables, ils vivaient heureux au pôle sud, les poissons y étaient délicieux, les glissades sur la glace amusantes, les baignades étourdissantes...DANDELINE apprenait à YEP à se méfier de la cruauté le l'ours blanc et des orques qui n'hésitaient pas à attaquer tout ce qui bouge, et aussi des lions de mer, ces gros phoques gras et puissants qui n'avaient en tête de faire d'eux qu'une seule bouchée!
Les mois passaient, et un nouvel hiver approchait avec ses ouragans terrifiants et son froid mortel. YEP commençait à ressentir la nostalgie des beaux levers de lune sur les dunes brunes de son pays, la chaleur du sable au soleil, les graminées en fleurs qui font éternuer le premier pingouin venu....et puis PINPIN et DUNEDINE, son frère et sa soeur, qui devaient languir...YEP voulait maintenant retourner là-bas, chez lui....oui! mais pas seul...avec DANDELINE!
- Ma DANDELINE, te plairait-il de venir avec moi, sur mon île?
YEP lui ayant décrit son pays avec tant de poésie, tout semblait si différent, là-bas,qu'elle n'hésita pas:
- Je te suivrais, biensûr!
Alors au boût de la banquise, tout deux glissèrent une dernière fois sur la plaque de glace et se mîrent à nager côte à côte vers le nord. Le retour sembla beaucoup moins long et perilleux à YEP qui avait aquis tant de force et de vitalité pour deux. Et puis les prémisses de l'été austral laissaient l'océan et ses habitants en paix.
Quelle fût la joie et la grande fête que réservèrent LAINE et NELSON aux deux courageux voyageurs. PINPIN et DUNEDINE se dandinaient de bonheur. Toute la troupe était heureuse de ce retour. DANDELINE était aussi aux anges car elle retrouvait une famille. Le sable doré de la grande plage était aussi doux et chaleureux que le regard de YEP quand il plongeait dans le sien. Les deux jeunes pingouins, unis pour toujours, ne tardèrent point à contempler leur premier petit: ABEL, né dans la tièdeur d'un matin d'été austral.
FIN

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