mardi 15 janvier 2008

HISTOIRE de LINES

Les douze fees et le vilain corbeau
Il etait une fois une ile merveilleuse, une toute petite ile reliee a la terre par une langue de sable fin que les flots recouvraient a maree haute.
Il y faisait chaud toute l'annee et les fleurs embaumaient a cent lieux a la ronde.
Le frangipanier, ce bel arbre ombrageux et poetique, aux longues feuilles craquantes et ondulees, se couvrait de petales jaunes et roses, parfois orangees et parfois meme rouge rubis, un rouge a rendre jaloux le soleil couchant.
L'ile ne semblait pas si deserte que cela....Toutefois, point de silhouettes d'humain ou d'annimal a quatre pattes dans les parrages, mais a entendre le bruissement regulier dans les feuilles du frangipanier, on ne pouvait croire qu'en la presence d'une vie etrange!
Oh! Ce n'etait ni le vent, ni la chaleur qui agitait la ramure!...Avec une bonne oreille, on pouvait meme percevoir le leger timbre d'une multitude de clochettes....
Mais qui donc occupaient cet arbre?
Approchez vous, regardez bien, mais oui, prenez une loupe s'il le faut!
Quelles droles de creatures!...Pas plus grandes qu'un pouce, s'affairait avec entrain une volee de petites bonnes femmes a la peau halee a souhait, comme un cuivre astique, un regard petillant de malice, de la meme couleur que la longue chevelure palissandre. D'etranges zebrures blanches etaient peintes sur leur visage accentuant leur allure originale et frivole...Frivoles, oui, elles pouvaient l'etre! Sans armes, si ce n'est, dans les mains, une baguette fine d'acajou prolongee d'une tranche de carambole embaumee, elles deplacaient, a petits coups d'ailes de papillon piquees dans le dos, leur charme et leurs rondeurs a travers les fleurs aux cinq petales.
Des fees, voila ce qu'elles etaient...de bien jolies fees, comme dans les contes de fees!
Elles n'etaient pas bien nombreuses, en definitive. Seulement une douzaine....mais a elles seules, elles vous secouaient les feuilles aussi agilement qu'une armee d'etourneaux!
Cette poignee de creatures portait le nom de "Fee-Lines". Leur Totem etait le chat tigre, cet etrange animal qui arpente l'autre monde, de l'autre cote de la langue de sable...C'est aussi dans l'autre monde, de l'autre cote de la langue de sable qu'on evoquait la legende de la sorciere Titine qui aurait vecu sur cet ilot et qui aurait eleve des monstres que l'esprit d'Hiro aurait fait surgir de ces entrailles, et qu'une truie nourrissait...bizarre, cette histoire!
Maryline etait une charmeuse, mais n'abusait de sa seduction que pour une bonne raison.
Praline, perdue dans ses songes, la tete pleine d'histoires loufoques ou romanesques reveillait tous les matins la petite troupe en contant son dernier reve.
Elle s'entendait a merveille avec Pipline, une sacree piplette a la verve facile qui rapportait en vers les reves de Praline. Un vrai poete! Mais surtout, terriblement bavarde! Elle ne cessait de se faire supplier par Angeline, pour qui le sommeil reclamait du silence. Angeline, dans sa tendre enfance, se cachait souvent dans les calices des Daturas et respirait, sans se mefier, le parfum qui la plongerait a jamais dans la torpeur.
Catline, extremement timide, peu sure d'elle, ne s'eloignait jamais d'Angeline. Elle preferait evoluer discretement dans son ombre tout en essayant de maintenir la dormeuse eveillee dans les taches quotidiennes.
Foline et Simpline jouaient de concert. La premiere, tres coquine, la seconde, tres naive. Chanter, danser, folatrer au milieu des fleurs, frisait le delire papilionnesque.
Babyline, jalouse de la legerete de ces deux-la, passait son temps a les taquiner et a leur tendre des pieges. Les farses de Babyline pouvaient etre viscieuses!
Coraline ralait en permanence. Un rien la contrariait et tout ce petit monde qui s'exitait autour d'elle l'horripilait. Boudeuse, elle butinait a l'ecart, recherchant la solitude bienfaisante. Colerique, elle savait aussi le devenir, si une certaine Pipline lui echauffait de trop les oreilles!
Le trio Juline, Cibyline et Maline menait, disons essayait de mener tout ce petit monde a la baguette dans une certaine coherence er harmonie.
Juline, la plus courageuse et la plus grande, etait nee protectrice et aimait trop ses soeurs les fee-lines pour ne pas honorer son rang de chef avec serieux. Reflechie, posee, elle prenait toujours l'avis de Cibyline, la sage, la prudente, la savante, pour qui les plantes n'avaient aucun secret, avant de prendre une decision. Cibyline etait toujours de bon conseil.
Quand a Maline, la malicieuse et la futee, un peu de ruse de temps en temps pouvait sortir d'un mauvais pas toute la troupe.
Les douze fees ne s'eloignaient jamais les unes des autres, et gardaient a vu leur repere...pourquoi donc s'en ecarter de trop, puisque fleurs de frangipanier et mer rafraichissante etaient a portee de quelques coups d'ailes!
Les fee-lines prelevaient le nectar floral, pour se nourrir. C'etait un travail delicat que seuls les doigts de fees pouvaient entreprendre a l'aide de minuscules brindilles. Le nectar etait egoutte dans des petits sacs tresses avec des fines lanieres de feuilles. Puis une fois pleins, les fees volaient jusqu'a leur alcove ou elles stockaient le liquide sucre dans des jarres. Que tout etait bien propre et range, dans cette caverne! De vraies petites fees du logis!
Un demi de a coudre suffisait a rassasier une gourmande.
La cueillette se faisait tous les petits matins, avant que bien d'autres insectes ne visitent le meme arbre. Si par malheur, l'un d'eux se montrait trop matinal, elles le repoussaient en le menacant de leur baguette. Du bluff, biensur! Car elles ne pouvaient se permettre de jeter des sorts a tout vent. Chacune des fees n'avait droit qu'a trois coups de baguette magique dans son existence de fee. Mais cela, les insectes ne le savaient pas!
Les apres midis, le soleil tapait si fort que les fees se reposaient sous les feuilles. Ensuite, c'etait l'heure de la baignade, elles virevoltaient au dessus des flots qui brillaient comme un miroir, se miraient, "miroir, mon beau miroir, dit moi si je suis la plus belle", chantonnait Maryline, puis elles se posaient sur les rochers pour faire secher leurs ailes de papillon ou sur la langue de sable fin a maree basse pour faire bronzer leurs rondeurs, elles recherchaient un petit bout de craie au pied d'une falaise pour redessiner proprement leur zebrures blanches sur le nez et les joues, elles se mettaient alors a demeler leurs longs cheveux soyeux en regardant l'astre chaud decliner.
La nuit, les clochettes, rechargees par un petit panneau solaire, s'allumaient, et telles des lucioles, nos petites fees se pretaient dans un magnifique balais a des jeux aeriens, en defiant toutes les etoiles immobiles. Cibyline, la sage, conversait longuement avec la lune, elles echangeaient des recettes magiques ....des potins de filles, quoi!
La vie etait belle, la notion du temps n'avait aucune importance...
Mais voila qu'un jour....Pire que l'annonce d'un cyclone....le destin de nos petites fees allait virer a l'horreur!
Alors qu'elles oeuvraient dans leur royaume floral, comme tous les matins, dans une parfaite serenite, un enorme oiseau noir, sorti d'on ne sait ou, inconnu en ces lieux, se posa sur l'arbre tres lourdement d'un air tres menacant. Hou! Qu'il etait vilain, cet oiseau, une sorte de gros corbeau aux plumes ternes, des gros yeux rouges qui vous envoient des eclairs, un tres long bec pointu d'ou degoulinait une bave acide, des pates courtes et encombrees de muscles, des crochets metalliques et aiguises comme une lame de couteau a la place des serres...L'arbre se mit a tremblait, au risque de faire tomber les creatures bien apettissantes...les fees s'accrocherent comme elles purent aux pistilles et c'est Pipline qui vit la premiere le monstrueux oiseau. Un vent de terreur s'empara d'elle, a lui couper la parole. C'est alors que les autres fees comprirent que le danger etait vraiment reel. Dans la panique, elles laisserent tomber leurs sacs a nectar et Juline donna l'ordre de rejoindre au plus vite leur caverne. Voyant que son diner allait lui filer sous le bec, le vilain corbeau fonca sur les fees paniquees. Dans un geste extremement rapide et precis, Juline immobilisa l'affreux oiseau d'un coup de baguette magique. " Que la magie fasse couler dans tes veines du venin de mouche tse-tse". L'effet de ce coup anesthesiant etait de courte duree, il fallait vite se cacher et se barricader...
Au fond de leur cachette, les fees terrifiees tremblaient de toutes leurs ailes, les clochettes tintaient en desordre, pire qu'un troupeau de vaches des alpages...
Les larmes de Maryline innondaient ses traits.
Praline vivait des cauchemards.
Pipline rimait de travers.
Angeline s'etait reellement evanouie.
Catline, tristement muette s'etait refugiee au fin fond de la grotte.
Foline et Simpline etaient secouees par de gros sanglots dans leur coin, accrochees l'une a l'autre.
Babyline etait degoutee de la vie.
Coraline ralait dix fois plus, bien obligee de supporter a cote d'elle, les niaiseries des plus naives.
Juline et Cibyline essayaient de garder leur sang froid et de rassurer la troupe.
Maline, emu devant se tableau de petites fees en detresse commencait deja a mediter une vengeance mauvaise pour cet oiseau de malheur!
Elles etaient bien embettees, les fee-lines!
Enfermees dans cette caverne, elles ne disposaient que de quelques semaines de survie avec leurs quelques jarres pleines de nectar...Et puis sans soleil, ni vent, ni ocean, combien de temps pouvaient-elles tenir? Et si l'oiseau restait plante la, sur l'arbre, en observateur pendant des semaines, attendant qu'une fee tente une sortie...?
Que faire? Mais que faire?
Mourrir de faim? Ou affronter l'adversaire?
Ha! Si seulement leur Totem pouvait les proteger et en faire son affaire. Un chat et un oiseau, ca ne fait pas bon menage...Mais le Totem, il etait parti en vacances!
Tout d'abord, elles prirent patience...et malheureusement, le vilain corbeau aussi....Sans blague! Douze petites fees si dodues, ca vallait le coup de se serrer la ceinture!
Les fees, quant a elles, sirotaient le nectar en l'economisant. Point de gourmandise, en ces temps durs!
Que les journees etaient longues et tristes...leur peau palissait, leurs ailes devenaient toutes molles, leur cheveux se delavaient, leur zebrures s'effacaient, leur charme s'eteignait...Non! Juline ne pouvait accepter cela...Avec Cibyline, elle decida d'eliminer l'oiseau qui tenait inlassablement le siege dehors. Avec leurs pouvoirs surnaturels et surtout leurs attraits, douze contre un, l'union faisant la force, elles pouvaient tenter le tout pour le tout!
Mais il fallait un plan d'attaque solide, reflechi...et que toutes les petites fees participent a la mascarade.
Juline, Cibyline, aidees de Maline turbinerent dur pendant deux jours et deux nuits! L'attaque etait maintenant mise au point. Reunion!
- Les filles, fini de pleurnicher sur notre sort, courage, il nous faut affronter l'oiseau! commenca Juline. Maryline, tu lui fais le coup de la vamp pour l'attirait a l'entree de cette grotte, la-bas, de l'autre cote du frangipanier, juste assez grande pour sa taille...Le but est de l'y enfermer. Praline, il ne s'agit plus de rever maintenant, tu l'embobines en lui faisant miroiter un bon repas. Angeline, et oh! reveilles-toi! Toi, au moment ou l'oiseau foncera sur Maryline et Praline, tu l'endormiras avec ta magie. Catline, si jamais Angeline baissent les paupieres a ce moment la, je compte sur toi pour la secouer. Foline, Simpline, Babyline et Coraline, toutes les quatre, vous poussaient l'oiseau endormi dans la grotte, et sans vous disputter, s'il vous plait. Cibyline, Maline et moi, nous nous chargerons alors de deplacer des blocs de cailloux pour boucher l'entree. Il sera alors pris au piege et mourra de faim...et toc! C'est aussi simple que ca!
-Oui! Oui! Ca va marcher, criait Simpline en tapant des mains.
Foline se mit a la suivre dans son delire en redoublant d'enthousiasme.
Pipline chantait a tue-tete "le corbeau est pris au piege, vive nos sortileges!"
-Abrege! retorqua d'un ton agressif Coraline qui restait sceptique quant a la tactique.
Babyline n'y croyait pas non plus.
Maline trouvait que la ruse etait pas mal, mais ca manquait de torture..."on pourrait lui couper le bec, non?!"
Angeline acquissa avant de se remettre a ronfler.
Catline ne savait que penser.
Maryline et Praline, qui se voyaient deja au devant de la scene, se montraient ravies d'un tel role de starlette!
-Et si nos effets n'agissent pas sur le corbeau, et si le corbeau est plus rapide que nous, et si le corbeau nous attrape avant qu'on atteigne la grotte, et si..et si...s'inquieta Cibyline, qui commencait a douter de ce plan.
- Non, non! Ya pas de "oui, mais si" qui tienne retorqua Juline. "On y va! Mais une derniere chose, dois-je vous rappeler que vous devez utiliser un minimum de coups de baguette magique...vous n'en avez que trois chacune dans votre existence, donc pas de gaspillage. Sinon, vous perdriez vos ailes de papillon a jamais." Elle meme n'en possedait plus que deux.
Les Lines se mirent a deplacer les cailloux a l'entree de leur cachette. L'affreux oiseau, toujours perche sur une branche, entendait ce debut de remumenage et son bec se mit a baver, ces yeux se gonflaient de sang...Tout se deroula tres vite car il fallait prendre le corbeau par surprise. Des que Maryline put se glisser hors du refuge, elle vola aussi vite qu'elle le put a travers l'arbre et se positionna "a la vamp" a l'entree de l'autre grotte, Praline la suivait de pres et se mit a hurler faussement gaiement (elles n'en menaient pas large, en realite!);
-Viens corbeau, vient corbeau, et tu gagneras le gros lot!
Le vilain oiseau qui hesitait entre les autres fees en mouvemant sur sa gauche et les deux creatures completement exitees sur sa droite, decola lourdement, les serres metalliques en avant, decide qu'il etait a devorer toute crue Maryline et Praline qui devaient avoir un bon gout de bonbon! Heureusement, le volatile etait moins vif que d'habitude; un si long jeun l'avait affaibli.
A ce moment la, Angeline, suivie de Catline, jeta son sort: "que le suc de Datura envahisse le cerveau du vilain corbeau"...
Mais aucune pluie d'etoiles ne s'echappa de sa baguette...Mince alors! Voila ce qui arrive quand une fee ne s'entraine pas suffisamment.
Panique generale, toutes les fees se mirent a hurler! Branlebas de combat! Changement de plan! Elles s'agiterent tout autour du corbeau pour le deboussoler et lui faire tourner la tete, lui tapaient dessus avec leur baguette d'acajou. Les fees essayaient de se defendre des violents coups de bec avec leur agilite. Une moitie du groupe tourna le dos a la bete pour l'eblouir par des rayons de soleil intenses, que renvoyaient les faux-yeux dessines sur les ailes des fees, d'excellents reflecteurs. Pendant ce temps, l'autre moitie du groupe avait arrache de fins rameaux de bois verts et commencait a lier les pates du corbeau qui se debattait. Juline reussit a enfoncer dans le bec, un fruit sec de frangipanier pour l'etouffer. Elles auraient eu du mal a en venir a bout si Cibyline ne s'etait devouee en projetant un sort decisif: "Que la Grande Line te transforme en puceron". Cette fois-ci, la baguette deversa un flot d'etoiles magiques et le corbeau fut reduit a une vulgaire petite bete minuscule.
Une coccinelle, jaune et noire, qui passait par la, se rua sur le puceron et le mangea.
Ouf! Les fees avaient gagne la partie et se sortaient de ce mauvais pas sans trop de degats, ni trop de magie gaspillee. Quelques branches du frangipanier etaient cassees, des pompons de fleurs avaient ete arraches dans la bataille, mais la vie douce sous ce climat tropical allait vite reparer les dommages et effacer les mauvais souvenirs.
Les fee-lines esperaient juste qu'une prochaine tempete tropicale du large ne leur expedirait pas un autre monstre de ce genre!
FIN

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